Vie de l'orgue au cours des siècles

 

L'ORGUE DE MITRY DU XVIIe AU DEBUT DU XVIIIème SIECLE (*)

 

 

Dans les archives de la paroisse existent encore des restes intéressants des livres de comptes de la fabrique datant du XVIlème siècle. C'est grâce à eux et aussi au travail de monsieur l'Abbé Didier, curé de la paroisse Saint Martin de 1909 à 1935, que nous avons pu reconstituer partie de ce qui a trait au grand orgue de l'église paroissiale située à Mitry Bourg.

 

En 1928 Norbert Dufourcq, historien de la musique et organologue, s'intéresse à notre orgue et en étudie à la fois l'histoire et la composition.

 

A la même époque, Félix Raugel, dans son livre « Les Buffets d'Orgues anciens du  département de Seine-&-Marne » dresse un état à la fois historique et descriptif de l'orgue de Mitry et dit de lui : « La qualité des sonorités de cet orgue est exquise notamment pour les jeux de fonds, les cornets, la quinte et le cromorne de l'écho ». Quant au buffet, monsieur Raugel le classe parmi la douzaine d'anciens buffets des provinces de Brie et du Gâtinais « digne de compter parmi les monuments français de l'art décoratif ».

 

En 1972, Pierre Hardouin, organologue érudit, qui avait déjà. examiné cet orgue en 1931, puis en 1961, le relève et avec Bernard Baerd, également homme de l'art, en fait une présentation à la fois historique, descriptive et anticipée extrêmement complète et actualisée dans la Revue de l'Association Française pour la Sauvegarde de l'Orgue Ancien (A.F.S.OA.) « Connaissance de l'orgue » n° 5 de 1973.

 

Déjà en 1967, avait été fondée, avec quelques bonnes volontés locales motivées, les unes par leur amour de l'art et de la musique, les autres par leur attachement à Mitry, l'Association pour la Restauration de l'Orgue Historique de Mitry -Mory.

 

Mais quel est donc cet orgue? A la lecture des livres de comptes paroissiaux des XVle et XVIIIè siècles, une remarque s'impose : cet orgue fut une grande œuvre et le soin que l'on en a pris particulièrement vigilant.

 

Nous nous proposons de le faire ressentir au lecteur en lui parlant de tous ces artisans spécialistes de la fabrication d'un orgue, artistes prestigieux que sont les facteurs d'orgues, auxquels on a confié la construction puis l'entretien de notre instrument devenu historique depuis le 1er février 1973 (le buffet était classé au Répertoire des Monuments Historiques depuis 1907 déjà).

 

Il nous parvient, après 336 ans d'âge, avec un buffet pratiquement intact (bien que repeint à certaines époques) et avec 1068 tuyaux des XVIIème et XVIIIème siècles. Certes, il a subi au cours de sa longue existence les bienfaits (ou les méfaits) des évènements historiques et des hommes qui en étaient chargés, mais on peut aisément reconnaître en lui un instrument exceptionnel, d'abord à cause de son ancienneté, puis de son plein accord avec l'édifice pour lequel il a été construit, enfin de sa qualité due, sans aucun doute, à sa facture d'origine.

 

Qui sont ses pères et réalisateurs ?

 

« Le 17 octobre 1641, marché est passé pour la construction de l'instrument avec Louis et Jehan de Héman, facteurs d'orgues. »

 

 

De Héman, nom illustre s'il en est dans l'histoire de la facture d'orgue. Le plus célèbre de la famille fut, sans conteste, Valéran de Héman. Il vécut de 1584 à 1640 - époque de Henri IV (Edit de Nantes), Marie de Médicis, Louis XIII, Richelieu. Il naquit à Hesdin, chef-lieu de canton du Pas-de-Calais. Il devint élève de Crespin Carlier, maître facteur d'orgues à Rouen, dont il épousa la fille Isabelle. Il travailla d'abord à Rouen avec Carlier, puis il s'établit à son compte. Il fut alors sollicité de toutes parts. En 1609, on le chargea de l'entretien des orgues de Notre-Dame de Paris ; en 1615, il refait l'orgue de l'église Saint Jean à Troyes ; en 1620, celui de Saint Jean de Grève à Paris ; en 1626, celui de Saint Séverin, toujours à Paris ; en 1627, il reconstruit l'orgue de Meaux (malheureusement grandement mutilé aujourd'hui). Il est alors reconnu « le plus habile homme de son temps ». En 1632, il exécute celui de la cathédrale de Bordeaux. Il apporte des innovations osées pour son époque.

 

Valéran avait un frère, Jean, marchand à Hesdin. Ce frère avait trois fils, Louis (1601), Jehan (1603) et François (1608) qui tous trois étudièrent la facture d'orgue chez leur oncle entre 1615 et 1628. Valéran, qui n'a eu qu'un fils tardivement, lequel ne fit d'ailleurs pas carrière dans les orgues, considéra ses neveux comme ses propres fils. Ils s'occupèrent d'abord d'agrandissements et de réparations d'orgues déjà existants. En 1629, ils travaillèrent à l'orgue de l'église Saint-Germain à Châlons sur Marne, en 1630 à celui de Reims, en 1640 à celui de Notre-Dame de Vire. En 1641, les marguilliers de la Fabrique de Mitry-en-France passent avec Jehan et Louis de Héman un marché pour la construction d'un orgue neuf et leur versent un acompte de 1550 livres. Le buffet est commandé au menuisier qui travaille avec les Héman, Germain Pilon, et on lui alloue 1540 livres. Mais dès l'année suivante, un désaccord survient entre le menuisier et les marguilliers et ces derniers refusent de payer, d'où procès, ce qui évidemment stoppe le travail des facteurs. Le 10 mars 1646, le Châtelet confirme son arrêt : les marguilliers doivent régler G. Pilon et le 12 août, on lui verse 1150 livres, plus 225 livres pour les frais. On peut alors reprendre le cours de la construction de l'instrument, mais la fabrique n'a plus d'argent et les facteurs ne travailleront désormais qu'en fonction des versements qui leur seront faits. Ainsi fut achevé le positif.

 

En 1650, on peut entreprendre le grand orgue. Mais un autre événement est survenu :

Louis est mort en 1644. Jehan et François se sont alors associés avec Pierre Desenclos (Pierre Descambres) ancien ouvrier de Valéran. Puis l'association se scinde en deux groupes : l'un constitué par les frères de Héman, l'autre par Desenclos et un neveu des de Héman, Jacques. Lefèvre (Liévin). Jehan et François transfèrent le marché passé avec Mitry à l'association Desenclos-Lefèvre et ce sont ces deux facteurs qui termineront l'instrument.

 

Bien entendu, il ne saurait être question de laisser Pilon terminer le buffet. Ce travail est confié à monsieur Veniat, maître-menuisier. « Pour l'ouvrage faite par Mr. Veniat, Me menuisier, au buffet de l'orgue et la fortification d'iceluy a été payé la somme de 150 livres ».

 

De 1642 à 1645, les frères de Héman continuèrent l'orgue de Valéran à Troyes ; en 1646 : Saint-Médard à Paris ; de 1647 à 1651, ils travaillèrent à celui de la cathédrale du Mans, de l'église Saint-Merry à Paris ; en 1649 à celui de la cathédrale de Chartres; en 1651 et 1652, ils s'occupèrent des orgues de la cathédrale et de celles de Saint-Jean des Vignes à Soissons. En 1656, Jehan fut à Saint-Etienne du Mont (dont Germain Pilon fit également le buffet). François mourut à Paris en 1652 et Jehan à Cherbourg en 1660.

 

Pierre Desenclos apprit son métier chez Le Pescheur, facteur en Brie et en Champagne près de qui il était entré en apprentissage dès l'âge de 16 ans. A 20 ans, il travaille avec de Héman à Bordeaux ; à 30 ans il remplace Louis qui vient de décéder et termine seul l’orgue de Mitry.

 

 

Note :

Les détails sur la vie et l'œuvre des facteurs d'orgues cités ont été tirés pour les frères de Héman, de documents communiqués aimablement par P. Hardouin, ainsi que d'articles de la Revue « Connaissance de l'Orgue »également de P. Hardouin et B. Baerd et pour les autres facteurs, du tome III du livre de l'Orgue Français de Norbert Dufourcq ..

 

L'ORGUE DE MITRY-MORY AU XVIIIè SIECLE

 

Loin de nous la prétention de vouloir faire paraître un essai sur tel ou tel facteur d'orgues. Notre but est bien plutôt de faire connaître aux habitants de Mitry et aux sympathisants de notre Association qui ne les connaîtraient pas, les artistes qui ont approché le grand orgue de l'Eglise Saint Martin du Bourg de Mitry et qui, à travers les siècles, nous ont légué un tel instrument. Nous voulons prouver une fois de plus si besoin est encore, combien les Mitryens, nos aïeux, ont pris le plus grand soin de cet instrument fabuleux afin, présentement, de l'apprécier à sa juste valeur. Il nous faut être impatients de l'entendre à nouveau sonner sous les voûtes de l'édifice pour lequel il a été construit.

 

Les noms des facteurs qui ont travaillé sur notre orgue ont été relevés dans les livres de comptes de la fabrique depuis sa construction jusqu'à nos jours et communiqués dans le -bulletin n° 4/5 de l'AROEHM . Depuis le bulletin n° 2 de l'AROEHM, nous les reprenons un à un. C'est ainsi que nous avons fait connaissance avec les constructeurs que les marguilliers de la fabrique de Mitry avaient choisis : les frères de Héman. Un marché avait été conclu avec eux le 17 Octobre 1641. Le 24 Janvier 1650, l'orgue étant inachevé « le positif est fait » un acte de transfert de marché est passé entre Jehan de Héman (son frère Louis est décédé) et Lefebvre et Desenclos, leurs successeurs pour achever cet « orgue de huit pieds ... son positif de quatre pieds aussi, composé le tout de vingt huit jeux. » (1)

 

Rien n'est changé au projet.

 

Nous avons également parlé de ceux qui l'ont entretenu pendant la seconde moitié du 17ème siècle: Desrues, Ducastel et Deslandes.

 

Nous nous proposons d'approcher les facteurs qui en ont eu la charge pendant le XVIIIe siècle jusque 1789. Mais les lacunes dans les archives (2) nous obligent à ne commencer qu'en 1728.

  • De 1728 à 1729, 40 livres payées aux nommés Deslandes et Clicquot, facteurs d'orgues, pour leurs gages ordinaires (1726-1727).
  • 1736 - 60 livres payées au sieur Alexandre Clicquot.
  • 1741- 340 livres soit 90 livres de gages (pour 3 années) et 250 livres pour réparations au sieur Clicquot.
  • 1746 - 30 1ivres au sieur Clicquot pour avoir accordé l'orgue.
  • 1748 - 65 1ivres au sieur Clicquot, facteur d'orgues.

 

Qui était Clicquot ?

 

Avant de parler de lui et de sa famille il faut savoir qu'aux XVIIème et XVIIIème siècles, quelques grandes maisons de facture d'orgue en renom à Paris constituent une sorte de cercle fermé, à l'intérieur duquel les traditions se transmettent de maître à élève. Bien des élèves, déjà hautement qualifiés, restent dépendants du grand patron. Cette communauté de travail est d'ailleurs bien souvent scellée par des liens familiaux (mariage, baptême .. ).

 

Nous commencerons donc par parler de la famille Clicquot (3).

 

En 1654, le facteur d'orgue Etienne Enocq, élève de Carlier, épouse Jeannette Clicquot. Associé au menuisier Thury, il monte à Paris en 1657 et obtient très vite la clientèle royale. On lui confie, entre autres, la construction de l'orgue de la grotte de Versailles. Il fait alors venir de Reims, où il était resté, son beau-frère (et vraisemblablement son élève) Robert Clicquot et ils reçoivent ensemble la commande de l'orgue de la chapelle du Château de Versailles ; mais Enocq meurt en 1682 et Robert reste seul. Ne pouvant faire face seul à l'œuvre commandée, il se rapproche d'Alexandre Thierry et de François Ducastel et reste pratiquement chef de la facture d'orgue parisienne jusqu'à sa mort en 1719. En 1697, il avait été pressenti pour installer un orgue monumental à Saint-Quentin. A nouveau, il avait fait appel à Alexandre Thierry, mais celui-ci meurt deux ans plus tard. Il continuera donc avec ses deux très jeunes fils : Jean-Baptiste et Louis Alexandre. Le titre de « facteur d'orgues du Roi »  que lui a valu la construction de l'orgue de la chapelle de Versailles lui sert de publicité et il reçoit de multiples commandes. De nos jours, on n'est pas encore parvenu à faire le tour de toutes ses productions.

 

Ses deux fils n'ont pas ses capacités mais sont toutefois reconnus comme de « probes artisans ». C'est Louis Alexandre qui, à la mort de son père, reprennent le titre et une partie du

fonds paternel.

 

De 1728 à 1748, il entretient l'orgue de Mitry (grand accord et petit accord annuels et réparations). En 1732, on le trouve à Chevreuse, à Houdan de 1734 à 1739 où il construit un orgue neuf, à Saint Sauveur de Paris en 1734, sans compter l'orgue de la Chapelle de Versailles dont il assure l'entretien également. Il semble que le plus gros de son travail aura été l'entretien et l'accord d'un grand nombre d'orgues parisiens. Peu avant sa mort on lui commande la restauration de l'orgue Saint Paul de Paris et la construction de celui de la Cathédrale Saint Louis à Versailles. Il meurt en 1760, âgé d'environ 77 ans.

 

Son fils François-Henri, s'il ne reprend qu'alors son titre, avait déjà depuis une vingtaine d'années réimposé le nom de Clicquot dans le monde de la facture d'orgue. Entre 1750 et 1790, on le trouve en tous lieux et entre autres aussi à Mitry (3- P 232) débordant largement le cadre de l'Ile-de-France. Il construit l'orgue fabuleux de la Cathédrale de Poitiers (marché

d'avril 1787).

 

Ainsi donc pendant 26 ans, c'est le « facteur d'orgues du Roi » qui entretient, accorde, répare le grand orgue de l'église Saint Martin du Bourg de Mitry. La fabrique de Mitry était-elle donc si riche ou décidée à bien des sacrifices pour son orgue ?

 

De 1750 à1789

 

De 1748 à 1772 nouveau silence des archives mais le compte-rendu de Joseph Masson, alors marguillier trésorier, contient cet article :

« De la somme de 60 livres tournois qu'il a payée au Sieur Labour, facteur d'orgues pour deux années de ses gages échus au premier may 1768 pour avoir repassé et accordé l'orgue pendant les dites deux années ». Le sieur Labour demeurait à Dammartin. Il avait déjà fait en 1755, 706 livres de réparations à l'orgue (4). S'agit-il du même Louis Labour de Beauvais qui entretenait des chantiers à Abbeville (1748), à Saint-Omer (1749-1758), à Valéry-sur-Somme (1752-1754) (33 P 82) ?

 

César Martin Richard, marguillier des années 1771-1772 relève :

« 60 livres tournois payées au sieur Miocque facteur d'orgues pour deux années de gages échus au premier may 1772 »,

puis plus tard:

«40 livres. pour les années 1777-1778 » (compte de Jean Morelle 9 décembre 1780). Simon Pierre Miocque était un élève et disciple de François Henri Clicquot. Il construisit en 1768 l'orgue de Dammartin-en-Goële (Clicquot s'occupait d'ailleurs de Mitry à cette date). Il accorde les orgues de l'Abbaye Royale de Jouarre en 1775, et de 1780 à 1786, il réussit si bien le grand orgue de la cathédrale d'Angoulême qu'on prit longtemps ce dernier pour un vrai Clicquot.

 

Le 17 décembre 1790, Olivier Troisvallets, en rendant son compte, nous apprend que « le 6 juillet 1787, j'ai payé au sieur Deschamps, facteur d'orgues, la somme de 24 1ivres pour deux voyages qu'il a faits pour le petit accord de l'orgue ». Deschamps père avait été formé par Nicolas Collars qui, bien que tenant atelier à Paris, rue Mouffetard, ne put jamais supplanter dans la capitale les Enocq, Thierry et Clicquot. Deschamps aurait travaillé à Mitry pour Somer (4) autre facteur sans trop d'envergure sinon sans commandes. Sur l'orgue de Pont Sainte Maxence il a été relevé : « cet orgue a été refaitte par Deschamps 1758 ».        '

 

« Le 16 avril 1788, a été payée au sieur Lair, la somme de 24 1ivres pour faire le grand accord ». Lair a travaillé à l'orgue de la Salpêtrière sur lequel on a retrouvé cette inscription: « cet orgue relevé par Lair, facteur d'orgues ».

 

Mais nous sommes à la veille de la Révolution : « la facture d'orgue se meurt à Paris » (N Dufourcq). Pendant la période révolutionnaire, l'orgue de Mitry semble assez bien épargné mais son entretien reste difficile. Toutefois, il ne fut vraisemblablement pas tout à fait abandonné, puisque dès le début du XIXème siècle, il fonctionne toujours.

 

D'après l'article de Gisèle SAVIN.

(1) " A.N. Mill Lw 19.

(2) " Livres de comptes de la fabrique de Mitry-en-France.

(3) " N'Dufourcq: « Le livre de l'orgue français - tome 11lx x . Lafacture (picard éditeur). (4) " « Connaissance de l'orgue » n" 5 - Article de B. Baerd et P. Hardouin (p 10).

 

L'ORGUE DE MITRY AU XIXème SIECLE

 

Nous poursuivons la découverte des différents facteurs qui se sont occupés du grand orgue de l'Eglise Saint-Martin de Mitry-Mory en reprenant son cours à la période révolutionnaire :

 

Le 9 novembre 1788, une rencontre a lieu entre les marguilliers de la fabrique et Dallery, facteur d'orgues demeurant à Paris, en vue de réparations à faire à l'orgue. Du temps s'écoule entre le projet et la décision et ce n'est que le 13 mai 1792 qu'un marché par adjudication est passé entre « le sieur Dallery, facteur d'orgues à Paris et les Sieurs Curé, marguilliers et principaux habitants de la paroisse de Mitry, des réparations à faire à l'orgue », le marché est arrêté après examen du devis à la somme de 8 000 livres.

 

Malheureusement, si l'enregistrement de cet acte a été retrouvé, l’acte lui-même n'a pas encore été découvert de sorte que l'on ne sait pas exactement la teneur de ces réparations. De plus nous sommes en pleine Révolution, et si notre orgue ne fut ni vendu, ni détruit, il resta silencieux et sans entretien, Après le Concordat, on trouve trace d'un souffleur que l'on paye 12 livres par an. Un nommé Lefèvre l'accorde moyennant 7 livres de gage, Il faudra attendre 1812 pour voir l’exécution du marché de 1792.

 

En effet, le dimanche 11 juillet 1813, c'est la réception des travaux exécutés à l’orgue :

« augmentations et réparations prévues par délibération du 13 mai 1792 » (2).

 

C'est l'organiste de la cathédrale de Senlis, Pierre Léchopié qui est choisi et nommé expert par M. Le Gendre, le fabricien en charge de l'église de Mitry, afin d'examiner la réfection de l'instrument. « Il a déclaré être monté ce jour d'huy huit heures du matin au jeu d'orgue, avoir examiné les jeux les uns après les autres, avoir trouvé les jeux parfaitement montés, avoir examiné pareillement la mécanique, et ayant ensuite touché les orgues, les avoir trouvé justes d'accord (...) Sur laquelle déclaration, MM.les membres du Conseil ont reconnu que les buts du devis étaient remplis et que le sieur Dallery fils avait satisfait à ses obligations ». (2)

 

Il apparaît donc que c'est le fils qui réalisa le marché établi avec le père.

 

La réception en question se fit en présence du président du Conseil de fabrique, Monsieur Troisvallets, fabricien, Monsieur Le Gendre, trésorier, Monsieur Fournier, curé desservant et

Monsieur Magdelain, maire. Monsieur Léchopié reçut 24 livres pour son déplacement.

 

On signa avec Dallery, le 7 novembre 1813, un contrat d'entretien, lequel stipulait que Pierre François Dallery ferait deux voyages de Paris à Mitry, chaque année, pour accorder l'orgue : le premier voyage à Pâques de l'année 1814 et le second à la Toussaint. Il recevra 36 1ivres à chaque voyage, soit 72 livres pour l'année. Le 2 janvier 1814, ce contrat était confirmé et renouvelé pour l'avenir. D'ailleurs le 9 novembre de l'année suivante, le trésorier de la fabrique paye effectivement 72 livres à Dallery pour « avoir accordé l'orgue. »

 

En 1826, le registre de délibérations de la fabrique rapporte que Dallery, facteur d'orgues demande à l'assemblée de lui céder pour un prix convenu les deux soufflets déposés dans le buffet de l'orgue. Le Conseil refuse.

 

Oui était Dallery ?

 

Une branche de la famille Dallery (3) était installée, à la fin du XVIlème siècle, dans le Pas-de-Calais (diocèse d'Amiens).

 

Antoine Dallery, charron, né vers 1633 eut pour fils Pierre Dallery vers 1663 qui devint arpenteur. Ce dernier épousa Perrine Pilain et d'elle eut au moins neuf enfants dont le huitième, Charles, naquit en 1702 à Bruire-le-Sec.

 

Ce sera lui « le premier d'une dynastie de facteurs d'orgues qui s'imposera dans tout le nord français, voire après F.H Clicquot, jusqu'à Paris pendant un siècle et demi ». (4)

 

Comment Charles eut-il ce goût pour la facture d'orgue et où apprit-il ce métier?

 

Il étudia vraisemblablement l'orgue au prieuré de Maintenay (situé à deux kilomètres de Bruire). Sans doute s'intéressa-t-il ensuite à la facture de cet instrument, Pendant quarante ans il entretient l'orgue de Saint Sulpice à Amiens. En 1733, il installe sa réputation en construisant le grand orgue de Corbie. On suit son passage sur différents orgues de Picardie.

Le 27 mars 1751 il épouse en secondes noces, Marie Revet dont il a sept enfants dont Thomas Charles Auguste qui naquit en numéro 3 le 4 septembre 1754. Ce dernier s'intéressa non seulement à l'orgue mais à d'autres instruments de musique ; il fut horloger pendant la Révolution puis fit œuvre d'inventeur (bateau à hélices). Il mourut le 1er juin 1835.

 

Pour quelles raisons ne s'adresse-t-on pas à lui lorsqu'en 1843 la fabrique décide, après enquête sur l'état des jeux «qu'une réparation prompte et complète est devenue indispensable.» ? (2) Pierre Hardouin, dans la revue « Connaissance de l'Orgue» n" 5, pense qu'il était trop cher. Toujours est-il que deux ouvriers facteurs présentent leur devis. Le Sieur Suret, facteur d'orgues à Paris, et le Sieur Laigre aussi facteur d'orgues à Paris. C'est ce dernier qui sera choisi.

 

Un frère de Charles (n° 2 des 9 enfants de Pierre) prénommé Pierre comme son frère, était né le 17 février 1687. Il épousa en 1713 Marie Dournel et eut onze enfants. Le premier et le onzième portèrent le même prénom de Pierre. Pierre I lavait 21 ans quand Pierre XI arriva au monde le 6  juin 1735. C'est ce dernier qui devint facteur d'orgues à Paris et c'est avec lui que les habitants de Mitry traitèrent le marché de mai 1792. Il avait déjà fait parler de lui : en 1765, Dom Bédos en personne vérifie l'orgue de Saint Lazare de Paris qu'il venait de construire (4). Il mourut en 1812. De son mariage avec Geneviève Lecomte on connaît deux enfants: l'aînée, une fille, et le cadet François-Pierre, quatrième facteur d'orgues de la famille. C'est lui qui exécuta le marché passé entre les marguilliers de Mitry et son père.

 

Il avait épousé civilement le 24 août 1793 Marie Payart. Deux fils et une fille étaient nés de leur union. Le garçon, Louis-Paul, né le 23 février 1797 à Paris, était en 1823 « facteur d'orgues du roi » comme son père avait été avant lui « facteur d'orgues de sa Majesté l'Empereur ». C'est lui qui entretient l'orgue de Mitry après la mort de François-Pierre en 1833.

 

D'après un article de Gisèle Savin.

(1) Archives départementales 70 Q 1.

(2) Registre paroissial des délibérations du Conseil de fabrique. (3) Revue « l'orgue» n" 148 de 1973.

(4) Norbert Dufourcq « le livre de l'orgue français » T ID •• La facture.

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(*) articles parus dans les bulletins n° 18, 19 et 20 de l'AROEHM



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