Le buffet

 

 

 

L'ORGUE DE MITRY-MORY

 

Aperçu historique de son Buffet (*)

 

 

Il y a quelques années, il avait été prévu d'insérer dans le bulletin de l'AROEHM un article sur le créateur du buffet de l'orgue de Mitry-Mory, Germain Pilon. A cet effet, Gisèle Savin m'avait communiqué la copie d'un certain nombre de documents qu'elle avait rassemblés et exploités pour un article paru dans le bulletin n° 2 de l'AROHM, en 1973.

 

Peu de données supplémentaires sont accessibles sur ce menuisier qui a réalisé plusieurs buffets prestigieux au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, comme Saint Louis des Invalides et Saint Médard pour ne citer que deux orgues parisiens dont le buffet est encore visible (ce n'est plus le cas pour le Val-de-Grâce). Aussi je propose de reproduire de larges extraits de l'article rédigé par Gisèle Savin, concernant la facture du buffet. Ce sera un hommage au travail qu'elle a accompli, en particulier pour l'AROEHM.

 

 

( ... ) en 1923, Monsieur l'abbé Didier, qui avait des documents en sa possession, a laissé des notes extraites de (ses) archives concernant le grand orgue. Il a d'ailleurs fait paraitre ces notes dans les échos paroissiaux « Le peuple de France », de juillet à octobre 1924. ( ... )

 

Monsieur l'abbé Didier a d'abord déchiffré les inscriptions tracées au dos du banc d'œuvre de l’église. Je rappelle que le banc d'œuvre était un banc réservé aux marguilliers qui assistaient aux offices (ce banc existait encore à l'église en 1923, il a maintenant disparu). Sur le dossier de ce banc était inscrit :

« En l'an 1573, vivant Monsieur Parellin, Curé de Mitry, et Monsieur Pierre Durant, principal Marguillier de la fabrique, a été fait et posé les menuiseries entières de l'église. Et en l'an 1651, du vivant de Monsieur Amariton, Curé de Mitry, et Jehan Burant, marguillier de ce lieu, ont fait faire le retable d'autel, tabernacle, balustrade, menuiserie des côtés, banc de l'œuvre et achever l'orgue commencé en 1641, du vivant de Monsieur Fremin, Curé de Mitry, Jehan Berson, marguillier, aussi petit-fils du dit Monsieur Pierre Durant. »

 

Et en effet, dans les comptes du même Jehan Berson, rendus en 1644, on trouve :

« A été payé à Jehan et Louis de Héman, facteurs d'orgues, la somme de 1550 livres tournois, suivant le marché et convention fait avec eux ... »

 

On comprend ainsi qui a composé et fait la partie instrumentale de l'orgue.

 

Mais ce n'est pas tout : en 1651, Jehan Durant rend ses comptes et signale qu' « Il a été payé à Messieurs Desenclos et Lefebvre, facteurs d'orgues, la somme de 1633 livres, pour ce qu'ils ont fait et fourni à l'orgue de la dite église ».

 

C'est aussi par Jehan Berson que nous apprenons qui a été chargé de la construction du buffet de l'orgue (partie ébénisterie) :

« A été payé à Germain Pilon, maître menuisier demeurant à Paris, la somme de 1540 livres tournois pour le buffet des orgues et piédestaux en pierre de taille, suivant le marché fait avec lui par le Sr. Curé et les habitants ».

 

Qui était ce Germain Pilon ? Il ne s'agit pas du sculpteur sur pierre des « Trois Grâces » (Musée du Louvre), mort d'ailleurs en 1590. Non, le Germain Pilon, ou Pillon, du buffet de notre grand orgue, était un habitant de la paroisse de Saint Etienne-du-Mont, à Paris. En 1651, il exécute la menuiserie de la chaire de l'Eglise de sa paroisse et en 1657, le buffet du positif de l'orgue de l'Eglise Saint Spire, à Corbeil. Pilon prenait alors le titre de « Menuisier ordinaire du Roy », En 1672, il construisit un autel en la chapelle Notre-Dame de l'église Saint Hilaire, à Paris, et enfin, en 1679, il exécute l'incomparable buffet des orgues de l'église des Invalides.

 

Ainsi donc, le buffet de l'orgue de Mitry, exécuté de 1641 à 1644, serait une des premières œuvres de ce « menuisier sculpteur ».

 

« Pour les frais de poursuite faites contre le dit Pilon, au Chastellet de Paris, a été payé à deux procureurs la somme de 21 livres 10 sols tournois ...

 

Pour les frais de descente faite à l'orgue de la dite église, par M. le Lieutenant particulier du Chastellet de Paris, le dit rendant a été payé et déboursé 313 livres 8 sols tournois ...

 

Pour le procès du buffet d'orgue ... 66 livres 3 sols.

 

Fait mise le rendant de la somme de 15 livres 10 sols à lui due, en reste, par la fabrique pour 4 Journées de 2 voyages d'avoir été à Paris solliciter le procès contre Germain Pilon, les 24 et 29èmes jours de Juin 1646 ... ».

 

Mais, sans doute, n'a-t-il pas rempli correctement son contrat ni donné touts satisfaction à la fabrique de Mitry-en-France, car, toujours dans les livres de comptes de l'époque, nous relevons :

« Et l'on continuera à, payer, tant pour le procès que pour demeurer quitte «  943 livres tournois par ci, 60 livres par là, 423 livres en 1647 ; et en 1648 :

« Pour l'ouvrage faicte par Monsieur Veniat, maître menuisier, au buffet de l'orgue et la fabrication de iceluy, a été payé la somme de 150 livres ».

 

Mais ces grands noms et tout ce qui s'y rapporte, ne doivent pas faire oublier les petites gens de Mitry.

 

"A été payé tant à Claude Fournier, hostellier qu'aux compagnons menuisiers, qu'au tabellion du dict Mitry pour les marché d'orgues et buffet la somme de 57 livres 17 sols.

A la veuve Bienvenue et à Pierre Fournier, pour deux poutres ... pour la peine et la façon du charpentier.

 

Pour tous les charriages du buffet et bois des dites orgues :

-a été payé à M. Durand, marchand de bois, et à Michel Guiot, charpentier, 42 livres 17 sols, pour le bois et façon de la gallerie pour conduire et aller à l'orgue de la dite église.

 

- aux compagnons menuisiers a été donné derechef 10 livres pour leur vin. »

« 125 livres 6 sols, y compris 15 livres qui ont été payés aux compagnons facteurs pour leur vin, puis 10 livres tournois ... »

Enfin, l'orgue achevé est reçu au cours de l'année 1651. Les livres de compte, alors tenus par Jehan Durand (?), ne donnent aucun détail sur cette réception, mais nous signalent qu'il a été payé, à cette occasion.

 

Mais ce n'était pas tout: Monsieur Houbert, vitrier, a peint et imprimé les toilles des vollets de l'orgue."            

 

Il a fallu travailler au portail fait au devant de la principale porte de la dite église, pour loger la soufflerie de l'orgue, et c'est Jacques Lelong, charpentier, qui en a été chargé ; Charles Domont, couvreur en ardoises, a couvert la corniche du portail. ( ... )

 

Gisèle SAVIN, François MAZOUER

 

 

 

(*) article paru dans le bulletin n° 19 de l'AROEHM


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