Couperin

 

  LES COUPERIN: de la Brie à la capitale du Royaume  

 

 

Une famille de ménestriers briards

 

Dès la fin du XVIe siècle naît, à Beauvoir, une lignée de musiciens qui se perpétua jusqu'au XIXe siècle. A l'origine, les Couperin, artisans dans leur milieu rural, pratiquaient l'art musical à un tel niveau que ces « maîtres joueurs d'instruments » formèrent le terreau qui put donner naissance à des génies tels Louis puis François Couperin (dit le Grand).

 

Les origines: Mathurin Couperin et Charles Couperin l'ancien :

 

Mathurin Couperin, né en 1569, est le premier du nom connu comme musicien, sans que l'on sache exactement de quel instrument il jouait (violon, hault boys ?). Qualifié parfois de « laboureur », de « marchand » ou de « procureur », il était, à l'instar de nombre de villageois du secteur, porteur du titre officiel de maître joueur d'instruments donné par la confrérie des Ménétriers: la musique vivante imprégnait la vie sociale.

 

Mathurin eut trois enfants; seul Charles (né en 1595), le cadet nous intéresse ici; il épousa une jeune fille de Chaumes-en-Brie où il s'installa.

 

Maître joueur d'instruments lui aussi, il est identifié dans les actes comme tailleur d'habits, marchand ou vigneron. Il fut également organiste, probablement à Chaumes. On ne sait pas grand chose de son existence, mais l'inventaire après son décès est révélateur: dans les deux pièces dans lesquelles il vécut avec sa femme et ses huit enfants, on ne trouve pas moins de 17 instruments de musique!

 

Trois de ses enfants revêtent une plus grande importance dans l'histoire de cette lignée musicale: Louis, François et Charles

 

Les trois frères: Louis, François et Charles Couperin :

 

Un épisode revêtit une grande importance dans la destinée des Couperin.

 

Jacques Champion de Chambonnières, joueur d'épinette de la Chambre du Roi, possédait une gentilhommière près de Chaumes, à Rosoy-en-Brie. Le 24 juillet 1650, les trois frères participent à une fête donnée dans cette gentilhommière. Remarquant avec ses convives la qualité de l'aubade, Chambonnières s'enquiert du compositeur; apprenant qu'il s'agit de Louis, il lui propose de l'emmener à Paris. Ce fut chose faite dans les mois qui suivirent.

 

Louis Couperin (né en 1626) n'était qu'un simple clerc de notaire de Chaumes avant cet évènement. Sa carrière musicale fut fulgurante entre son arrivée à Paris en 1650 et son décès en 1661. Il fut rapidement nommé organiste de l'église Saint-Gervais, tribune qui resta entre les mains des Couperin jusqu'en 1826.

 

Organiste également de la chapelle du Roi, il laissa des œuvres absolument admirables, telles les trois suites de pièces de clavecin ou encore les œuvres d'orgue récemment découvertes.

Ses deux frères vinrent avec lui à Paris.

 

François (dit l'ancien, né en 1631) partageait ses talents de claveciniste avec son amour de la dive bouteille... Sa carrière musicale dut sans doute en pâtir. Sa descendance (Nicolas, puis Armand-Louis et enfin Gervais-François) tint l'orgue de Saint-Gervais à la suite de François Couperin le Grand.

 

Charles (né en 1639), monté très jeune à Paris, fut formé par son frère Louis. On le retrouve comme musicien de la Chambre du Roi et il succède à son frère Louis à la tribune de Saint-Gervais. Il épousa Marie Guérin qui donna naissance à François Couperin le Grand. Charles mourut à l'âge de 40 ans; il ne nous reste rien de ses compositions.

 

François Couperin le Grand :

 

François, né en 1668, avait onze ans à la mort de son père. Il revint à sa mère, Marie Guérin, d'assumer les charges de son éducation. Sans doute les qualités musicales du jeune François s'annonçaient-elles très grandes pour que les marguilliers de Saint-Gervais lui réservassent la tribune, nommant comme organiste intérimaire Michel de La Lande.

 

François Couperin fut notamment formé par Jacques Thornelin, organiste de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, qu'il considérait comme son second père. François profita certainement de l'environnement culturel de Paris pour s'éveiller à tous les styles de musique dont la capitale foisonnait.

 

En tout cas, il fut nommé le 1er novembre 1685 organiste de Saint-Gervais à l'âge de 17 ans. Sa maturité musicale était déjà certaine et son génie sans conteste, ainsi que le prouvent les deux messes pour orgue publiées dès 1690.

 

François fut un citadin, même s'il se plaisait à faire référence à sa terre de Crouilly. Avec lui, le pas était franchi, de la Brie à Paris. Mais la pratique musicale de ses ascendants avait préparé l'émergence de cet illustre musicien dont la poésie peut sans doute se mesurer à l'aune de celle de la campagne briarde.

 

François MAZOUER


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